Chapitre 1 - Partie 1

Publié le par Kementary

    Depuis la mort d’Emma, près d’une année s’est écoulée. Immuable, la mort a frappé des dizaines de démons mineurs. Bien que je n’en ai toujours aucune preuve, je sens que mon cher Annatar en est l’auteur, mais je ne supporte plus de l’observer. Je sais que les choses sont comme elles sont sensées l’être, mais je pleure pour toutes ces vies gâchées par ma faute. 

Hier, je n’ai pas pu le regarder faire. Pourquoi  C’est simple, pour la première fois, je connaissais sa victime  : une personne que j’ai autrefois croisée, quand j’évoluais encore parmi les vivants. 

Je l’ai détesté bien des années, et encore maintenant, je dois dire que son souvenir ne m’inspire que dégoût et mépris. Assister à sa déchéance ne me fait rien. La panique de son regard ne me touche pas. Pourtant, que l’Ombre s’en soit prise à lui me rappelle qu’il se rapproche inexorablement des personnes qui comptent, et c’est intolérable. Quel paradoxe  J’en ai fait une machine à tuer. Je lui ai donné des bases qu’il n’a eu qu’à développer. Son action est nécessaire, mais je crains plus que tout qu’il ne frappe la mauvaise personne. 

La si particulière race des Démons ne se rend pas encore compte de l’ampleur du problème. Marcus est un roi prétentieux que ses sujets n’intéressent pas, mais il est assez perspicace pour avoir remarqué que les cibles sont de plus en plus puissantes. Il ne pourra pas indéfiniment faire comme si tout allait bien. Et je sais déjà qu’il s'apprête à mettre son fils dans la balance pour changer le destin des siens. 

 

***

 

La nuit était à peine entamée, pourtant la traque touchait à sa fin. C’était le moment qu’il aimait le plus. Le moment de rentrer, l’anticipation de les prendre. Le démon avait dû supporter de se frotter à la populace de quatre clubs avant de trouver ce qu’il cherchait. Samaël savait déjà qui seraient celles dont il se nourrirait. Ce soir, il y en aurait trois  : une blonde plantureuse, mais austère, une rousse aguicheuse et une timide petite brunette. 

Samaël aimait la diversité, et le mélange des genres. Mais plus qu’autre chose, toutes les trois étaient parfaitement saines, bien qu’un peu trop âgées à son goût. C’était sans doute la raison pour laquelle il mettait autant de temps à les choisir. Évidemment, il ne craignait pas les maladies. Sa nature l’immunisait comme tous ceux de sa race, mais chaque affection laissait un goût bien distinct et infect à l’aura de son propriétaire. Quel luxe avait-il eu de toujours pouvoir se nourrir de perfection. 

L’une après l’autre, il avait capté leur regard et vrillé leur esprit pour en prendre possession. Quoi qu’il se passe, elles ne garderaient aucun souvenir de quoi que ce soit, et encore moins de lui. De plus, repérées dans des lieux bien différents, rien ne permettrait jamais de les relier les unes aux autres. Il en ferait ce qu’il voudrait, une fois qu’il les aurait ramenées discrètement dans son loft. 

 

***

 

Confortablement installé à l’arrière de sa voiture, le roi des démons ne décolérait pas. Pour la troisième fois en moins de quinze jours, son fils avait ignoré sa convocation. Ils ne s’entendaient plus depuis des siècles. On peut même dire qu’ils se haïssaient. Cela ne l’avait tout de même jamais empêché de rester soumis à l’autorité de son père. 

Pourtant, dix longues années étaient passées depuis leur dernière rencontre. Samaël n’assistait plus aux festivités annuelles données en l’honneur de Marcus, ne participait plus aux réunions du conseil et ne réclamait même plus l’autorisation de prendre une épouse. 

En tant que chef suprême de tous les clans, il ne se serait pas abaissé à se déplacer, mais son fils était le plus puissant de tous les démons et les évènements de ces derniers mois le forçaient à ravaler sa fierté afin de quérir son aide. 

 

***

 

Dans la chaude intimité de sa chambre, Samaël admirait les corps entrelacés. Depuis des siècles il avait affiné ses goûts en matière de sexe et de nourriture — les deux choses qu’il affectionnait le plus. Avec le temps il avait trouvé plaisant de mêler les deux et c’était quasiment devenu une drogue pour lui. C’est la raison pour laquelle il prenait autant de risques en ramenant ses proies chez lui  : il pouvait ainsi se repaitre d’elles en toute intimité et aussi longtemps qu’il le souhaitait. 

Possédant plus de pouvoirs que le reste des siens, il devait davantage se sustenter qu’eux. Ses besoins le forçaient à épuiser celles qu’il avait choisies, les vidant pratiquement de toute vie. Il s’efforçait généralement de ne pas tuer. Des morts inexpliquées finiraient toujours par attirer l’attention, y compris dans une aussi grande ville que Paris. Pourtant, voler leur essence vitale ne lui suffisait pas. La douleur et le sang augmentaient la quantité d’énergie déversée pour le nourrir, et c’était de ça qu’il avait le plus besoin. C’était ce qu’il aimait. 

Cette nuit n’avait pas fait exception. Les trois femmes étaient maintenant perdues dans l’inconscience, entre la vie et la mort, tandis que les draps, auréolés de sang, s’entassaient, tels des chiffons, ne cachant presque rien de leur nudité offerte. Ce trio l’avait comblé. Il était repu pour plusieurs semaines, ce qui lui permettrait de garder ses distances avec ces immondes humains. 

 

Il en était là de ses réflexions lorsqu’il le sentit approcher. C’est un verre de tequila à la main qu’il se dirigea vers l’entrée de son loft. Il n’avait pas besoin que son père soit devant sa porte pour savoir qu’il arrivait. Ni que son humeur ne présageait rien de bon. Il déverrouilla et entrouvrit le battant avant de repartir d’où il était venu. Jamais il ne s’abaisserait à attendre Son Altesse comme le brave petit chien qu’il était sensé être. 

Lorsqu’il le rejoignit enfin, Samaël était installé au milieu des humaines. Il savait que son père n’approuvait pas sa façon de régénérer ses pouvoirs, mais il s’en moquait ouvertement. Après tout, le roi n’était pas connu autrement que comme le plus impitoyable et le plus manipulateur de la race. Le viol et la torture étaient monnaie courante parmi les leurs. Seulement, Marcus, en roi un minimum avisé, refusait les contacts autres que strictement nécessaire avec le monde des humains.

 L’histoire avait bien démontré qu’un lien trop étroit entre les races amenait systématiquement guerres et tueries. De fait, bien que plus faibles et vulnérables, c’est en leur multitude que résidait le réel danger. Or, il n’était pas question que les démons soient mis en dangers par l’arrogance d’un prince égocentrique. 

— Tu n’apprendras donc jamais rien ou cherches-tu encore à me provoquer  Grinça Marcus. Sache, dans ce cas, que c’est réussi  

— Loin de moi l’idée de te blesser. Il se trouve simplement que mes besoins sont autres que les tiens, ce que tu sais parfaitement. Je ne pouvais deviner que tu débarquerais à un moment aussi intime. 

— Si tu daignais décrocher ton foutu portable, tu le saurais, trou du cul  s'égosilla le chef, rouge de rage. 

Samaël éclata de rire face aux tendres mots de son géniteur. 

— Touché... j’avoue que je n’ai pas dû l’allumer depuis plus d’un an. 

Ses doigts jouaient sur la peau humaine, descendant le long d’un bras pour en saisir le poignet entaillé, l’amenant doucement à ses lèvres pour y passer le bout de la langue, sous les yeux écoeurés de son père. Le fils masqua son sourire de satisfaction en trempant ses lèvres dans son verre. 

— Crétin  Et je suppose que tu trouves distrayant de me défier  Un jour viendra où je te le ferais regretter. 

— Nous savons tous les deux qu’il n’en est rien. Tu as besoin de moi, c’est un fait  Alors, tu me parles de ces démons assassinés ou tu continues à m’insulter  

Voyant le choc se peindre sur les traits de son seigneur, il esquissa un léger sourire qui aurait fait fondre de désir n’importe quelle femme si son regard n’avait pas été aussi froid et méprisant. 

— Tu sais et tu ne fais rien  Méfie-toi, un jour prochain, je me lasserais de tes caprices et te ferais exécuter  

— C’est toi le Chef des Chefs... C’est ton problème, pas le mien. À moins que tu m’en confies la gestion, cela ne me concerne en rien. Est-ce ce pour quoi tu es là  

— On peut dire ça. J’envoie une délégation chez les bouffeurs de salade. 

— Hors de question  

— Du calme, je ne risquerais pas une guerre en t’y envoyant, je ne suis pas fou. Maximilien refusera toute rencontre, mais il finira par céder. En attendant, je veux que tu réunisses tout ce que tu peux sur l’affaire. Le dernier cas date de la nuit dernière, ils t’attendent pour tout nettoyer, et les autres corps sont à ta disposition. 

— Si ce n’est pas indiscret, tu leur veux quoi aux brouteurs  

— Je croyais que tu savais tout ? Sourit l’interpellé. En tout cas, tu as encore raison sur un point  : c’est indiscret. 

Sur ces mots, Marcus sortit son téléphone, composa un numéro et s’éloigna, donnant déjà ses instructions. 

Publié dans Chapitre 1

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dinne 19/04/2015 15:09

RE bonjour ,
J'ai beaucoup apprécié la première partie ,je revient de temps en temps sur ton blog pour voir si y'avait des nouvelle . merci d avoir répondu a bientôt

dinne 18/04/2015 18:24

bonjour
ça fait plus d'un ans que j'attend la suite , ALORS la suite stp merci

Kementary 18/04/2015 18:27

Chère dinne
Merci d'avoir lu ce que j'ai publié sur ce blog. J'espère que tu auras aimé. Je vais mettre la suite prochainement... Pour récompenser ta patience.
Au plaisir d'avoir ton avis.

Kementary 17/04/2015 10:40

Merci Lucie
Alors oui j'ai continué mais jamais publié la suite.
Je penses reprendre un peu plus tard mais une surcharge de travail m'a empêché de finir

lucie 17/04/2015 10:08

Bonjour,
j'ai vraiment adoré ton premier chapitre. Je voulais savoir si tu avais continué de l'écrire ou non..
Merci beaucoup.
Bonne continuation,
Lucie.

Nadege 08/02/2013 07:33