Prologue

Publié le par Kementary

Maudites visions  ! J’aurais tellement aimé dormir quelques heures de plus. Malheureusement, il en va autrement. Il me faut d’abord aller regarder, de mes propres yeux, ce que les images incohérentes de mon rêve ne m’ont pas permis de comprendre. Il fait encore nuit. Que peut-il bien se passer de si urgent qui ne puisse attendre le matin ? 

Cela fait près de dix jours que j’ai des flashs sans pour autant en appréhender le déroulement. Ça devient tout simplement épuisant. Au départ, j’ai tenté de les bloquer, mais, pour la première fois, je n’y suis pas arrivée. Maudites visions ! Tout ça parce qu’Elle est concernée. Maudit sang ! 

J’ignore en quoi elle est liée à ce qu’il se passe. Tout ce que je sais, c’est que des bouleversements majeurs sont en marche. Je la vois sans cesse et ça me fait mal. Pourquoi elle, plus clairement que les autres ? C’est à n’y rien comprendre... L’heure de ma vengeance serait-elle enfin venue ? Tant d’années se sont écoulées depuis que j’ai fui les miens, que j’en ai perdu le compte. 

Allez, il faut que je me lève ! Étant désespérément seule, pas la peine de cacher ma demi-nudité. Après tout, vivre sur le flanc d’un volcan à ses avantages et j’ai toujours été attirée par le feu.

De la lumière, j’ai besoin de lumière. Ah, voilà le petit lampion. Je l’avais accroché au porte-flambeau, enchâssé dans la paroi rocheuse. Le sol poli diffuse sa douce chaleur au travers des tapis jusqu’à la plante de mes pieds. Quel délice ! Le silence est presque absolu. Un pas après l’autre, plus vite ce sera fait et mieux je me sentirai. Du moins, je l’espère, parce que jusqu’à présent rien n’est encore arrivé. Cette attente me met les nerfs à vif. Il faut que ça commence pour que je puisse enfin comprendre ce futur obscurci. 

J’aime ma caverne. Le sort qui en protège maintenant l’entrée était une bonne idée : plus de bêtes sauvages cherchant à se nourrir, plus de pluie qui ruissèle et humidifie tout, plus d’air froid en hivers qui me glace malgré la chaleur du sol. C’est une cachette idéale que je ne compte pas quitter. Cela signerait mon arrêt de mort et j’ai eu beaucoup de mal à l’éviter tout ce temps. Allez, finissons-en. Du courage, il faut que je me concentre sur le bassin de la vie. 

Maudites visions ! Elles me mettent l’esprit en lambeaux. Et je vois... mais que vois-je ? Rien... Absolument rien… De nouveau... Quelle plaie ! Je n’en peux plus de ce décalage entre mon esprit et la réalité. Il faut que ça commence pour avoir une vision globale et cohérente. Mais j’ai mal, si mal ! 

Ah ! ça y est, j’y suis... L’Ombre furtive est de retour. Mais, cette fois, je la vois sur le liquide ondoyant de la vasque. Quel bonheur de l’avoir trouvée. Grâce à elle, je peux voir en temps réel tous les êtres vivants de ce monde et ainsi comprendre ces visions qui m’obsèdent. 

L’Ombre ressemble à un humain, mais je ne distingue pas sa nature. Elle m’est si familière et pourtant si étrangère. Le doute me prend. Notre envoyé aurait-il déjà trouvé le moyen de me venger ? Le noble but que nous lui avons insufflé vaut-il la perte de toutes ces vies ? Mais est-ce seulement lui ou suis-je trompée par la familiarité de son aura ? 

L’ombre place ses amulettes magiques, comme je l’ai vu faire dans mon esprit. Mais qui est sa victime ? J’en ai vu tellement ! 

Elle s’en va, ce n’est pas encore l’heure. Mais l’heure de quoi ? L’heure de qui ? Tout est si confus... Dix jours, c’est long. Je perds la raison, c’est une évidence. Maudites visions ! Qu’attend-elle pour passer à l’action ? J’ai vu cette même scène chaque heure de chaque jour. J’ai si mal. Le futur dans ma tête se mélange au présent dans la vasque. Je sais que l’Ombre va tuer, mais je ne sais pas quand, ni pourquoi ! Suis-je pourtant si ignorante que ça ? Et tout ceci n’est-il pas le résultat de ce que j’ai personnellement initié ? Je n’aurais pas dû me lever. Ça n’a servi à rien. Me voici encore plus perdue qu’avant. Toutes ces questions qui me hantent ne trouveront pas de réponses avant que je le voie vraiment : Annatar. 

 

Depuis cette fameuse nuit, j’ai décidé de prendre les choses en main. C’est la première fois que je suis autant perturbé par mes visions. Je ne sais pas pourquoi, je semble incapable d’y voir précisément l’Ombre. J’ai cherché un contact avec Annatar qui semble bien avoir disparu. Je suis incapable de savoir si les deux ne font qu’un. Il me suffit donc de surveiller les autres personnes que j’ai vues en songe. 

J’ai fini par retrouver la première de ses victimes. Un petit démon de rien du tout, inutile, mais au combien important pour elle. Je connais maintenant par cœur tout ce qu’elle est, tout ce qu’elle possède. J’ai observé le moindre de ses faits et gestes. J’ai vu le rituel prendre forme, inéluctablement. 

C’est pour bientôt. Je sens les ondes de magie noire, étouffantes et écœurantes. Ce soir, comme chaque jour depuis plus d’une semaine, l’Ombre reviendra. Elle dissimulera de nouvelles statuettes. Et le démon, paisiblement endormi, faiblira encore un peu plus. À moins qu’elle ne passe enfin à l’action ? 

Ah ! La voici... 

 

L'obscurité était tombée sur la ville depuis quelques heures déjà. La jeune servante, à peine entrée dans son petit studio, s’était précipitée sous la douche. Puis elle avait allumé sa télévision d’un air absent. C’était le même rituel, immuable. La seule façon, pour elle, d’oublier quelques instants la cruauté de celui qu’elle servait. Mais qu’y pouvait-elle ? Après tout, il restait le maître de son clan et, à ce titre, avait droit de vie et de mort sur elle. 

Ce soir, elle était épuisée, et ne songeait qu’à aller se coucher. Malheureusement, cela devrait attendre. Ses pouvoirs, bien que semblant au maximum de leurs capacités, ne lui répondaient quasiment plus. Elle s’était nourrie plus que de raison ces derniers jours, sans le moindre résultat. Que pouvait-il bien lui arriver ? 

— Non, pas ce soir, geignit-elle les yeux dans le vague. 

La jeune fille bâilla, se leva et entreprit de défaire son canapé-lit. C’était décidé, elle ne sortirait pas. Une fois certaine de ne plus changer d’avis, ce qui lui arrivait bien trop souvent ces derniers temps, elle se mit en tenue de nuit. C’est à ce moment qu’elle vit la petite statue posée sur la bibliothèque. 

— Mais c’est quoi ce bordel ? s’indigna-t-elle. Je croyais t’avoir jetée ! Encore !!! Connard de proprio, je savais que tu venais farfouiller dans mes affaires. Ce coup-ci, tu vas le regretter ! 

Sur ces mots, elle attrapa ledit objet, ouvrit la fenêtre et le jeta sur le bitume où il se brisa, cinq étages plus bas. Elle aurait voulu aller tambouriner chez ce pervers, mais n’en avait pas la force. L’appel du lit était le plus fort. C’est donc bien décidé à en découdre, dès le lendemain matin, qu’elle se coucha et ferma les yeux, sans remarquer l’Ombre derrière le rideau. 

La silhouette était entourée de ténèbres. Elles ne permettaient pas de distinguer clairement ce qu’elle était, ni ses traits pris dans un flou sombre et mouvant. Impossible donc de l’identifier. L’ombre s’approcha du démon qu’elle avait patiemment affaibli. Sa démarche fluide donnait l’impression qu’elle flottait à travers la pièce, comme portée par sa noirceur. 

Très excitée par l’imminence de son passage à l’acte, elle n’en restait pas moins maître d’elle. L’ombre s’assit doucement sur le bord du lit et caressa délicatement la joue de sa victime qui ouvrit instantanément des yeux écarquillés de surprise. 

— Bonsoir, Emma. Souffla une voix sensuelle et indéniablement masculine. 

— Qui êtes-vous ? répliqua-t-elle, la suspicion remplaçant la surprise dans ses prunelles marine. 

— L’homme de ta vie et de ta mort. 

— Et... ça v... ça veut dire quoi, ça ? bafouilla-t-elle, gagnée par l’angoisse. 

— ça veut dire que tu es mienne. Je viens te libérer de ta condition d’esclave, mais pour cela tu devras mourir. 

Une peur panique envahit la jeune fille qui tenta de se redresser afin d’échapper à son agresseur. Ce dernier esquissa un timide sourire compréhensif, tout en brandissant un médaillon devant elle. Un gémissement de douleur s’échappa de la bouche entrouverte du démon tandis qu’elle s’affalait de nouveau sur ses oreillers. Incapable d’esquisser le moindre geste, elle se mit à trembler tandis que l’homme se positionnait à califourchon sur ses hanches. 

— Ne craint rien, murmura-t-il tendrement, sortant un petit poignard d’argent. J’ai beaucoup étudié son journal avant de venir vers toi. La douleur ne durera pas, je te le promets. 

L’horreur se peignit dans le regard de celle qui se savait désormais condamnée. Elle sentait qu’elle était la première, c’était une évidence. Personne ne recherchait encore son meurtrier. Il n’y avait aucune chance pour que quelqu’un vienne l’interrompre. Tout ce qu’elle espérait, fut qu’il tint parole et ne la fasse pas trop souffrir. 

L’assassin releva la tête, et la pencha sur le côté, comme absorbé dans ses pensées. Puis, revenant à elle, il ébaucha un sourire doux, presque amoureux. La lame passa sous la soie pourpre du haut de pyjamas, le découpant comme du beurre. D’un geste caressant, il fit glisser les deux pans de tissus, dévoilant de petits seins fermes, soulevés par la respiration haletante du démon. 

— Tu es si belle, murmura-t-il, l’effleurant du bout des doigts, comme un amant. C’est pour ça que je t’ai choisie. 

— Alors, prenez-moi, supplia-t-elle. Mais ne me tuez pas, s’il vous plait. 

— Ah, Emma ! Ma douce Emma ! Tu ne comprends donc pas que tu es déjà mienne ? 

— Mais... 

— Ssshhhhhtttttttt ! souffla-t-il doucement sur ses lèvres.

S’écartant légèrement d’elle, l’homme entreprit de finir de la dévêtir, posant un regard gourmand sur la moindre parcelle de son corps nu. Ses yeux luisaient de désir. Emma sentit le feu lui monter aux joues. L’assassin reprit place sur son bassin et brandit de nouveau son talisman. Mais cette fois-ci, aucune douleur ne vint frapper le démon. Elle était là, offerte, et avait déjà cessé de lutter. Pourquoi, alors qu’elle se savait perdue, ne tentait-elle pas de sauver sa vie ? 

— Mon tendre amour, tu me ferais presque oublier l’imminence de ta mort. 

Le démon se raidit. Sans même s’en rendre compte, elle avait réussi à se persuader qu’elle vivrait. Qu’il se contenterait de la violer et non de la tuer. Mais ce n’était pas le cas. Elle ne se trouvait pas en compagnie d’un simple prédateur sexuel, mais de son meurtrier. Dans un sursaut de dignité, elle invoqua ses pouvoirs pour se protéger de son agresseur. Ils avaient beau ne plus lui répondre aussi bien que d’ordinaire, ils ne lui avaient encore jamais fait défaut. 

— Très bien, mon aimée, montre-moi ce que tu as en toi. 

L’excitation de l’Ombre se mua en jubilation. C’était exactement ce qu’il attendait de sa victime. Comprenant son erreur, le démon tenta de stopper son invocation, en vain. Il était déjà trop tard. Un picotement naquit alors dans sa poitrine, se changeant rapidement en une intense brulure. Un hurlement muet déforma son visage ravagé par les larmes. Elle se cabra. Bien qu’intact, il lui semblait que son torse se déchirait depuis la gorge jusqu’au plexus. 

L’homme posa le pendentif sur son cœur tout en psalmodiant dans une langue inconnue à sa victime. L’amulette, gravée d’un symbole, se mit à luire sur la peau nue d’Emma. Le démon sentait l’objet absorber la moindre énergie vitale de son corps. Ses propres pouvoirs se retournaient contre elle, la privant de toute capacité à se défendre. 

C’est en proie à la plus grande panique que la jeune servante se sentit inéluctablement partir dans les ténèbres, pour finalement rendre son dernier soupir. Une fois toute sa vie prise au piège dans le talisman, l’Ombre se redressa et finit son rituel. 

Sa victime, quant à elle, paraissait paisiblement endormie. Plus rien ne subsistait de sa peur ou de sa douleur. Sa peau était d’un blanc nacré, plus clair que celle d’un vivant, mais très loin du vert-de-gris d’un cadavre. Son corps resterait à jamais comme cela : intact. Nulle pourriture ne l’abimerait. Nul animal n’oserait jamais y toucher. Nul feu ne le réduirait en cendres. La magie noire qui en avait pris possession ne pourrait en aucun cas être dissipée. 

Son œuvre achevée, l’Ombre quitta sans un bruit le petit studio plongé dans l’obscurité. Au fur et à mesure de ses victimes, il gagnerait en puissance. Il deviendrait plus audacieux et viserait de plus en plus haut dans la hiérarchie. Pour au final atteindre la personne de son choix. Celle qu’il avait toujours convoitée.

Publié dans Prologue

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Commenter cet article

sheenatwitwi 26/11/2012 22:53


Roh enfin on a le plaisir de relire j'adore :) merci nan


Bisous

Kementary 28/11/2012 10:12



Bisous ma chérie ! 



JB 26/11/2012 13:47


t'a pas idée

Kementary 28/11/2012 10:12



Hi Hi !! 



JB 26/11/2012 13:20


Je n'aurais que trois mots a te dire.


VITE LA SUITE !!!!!!!!!!


Plus serieusement, tu sais déjà ce que je pense de ton histoire. J'aime beaucoup ce que tu écris et j'espere que tu prendra les bonnes decisions sur la suite a donner a cette aventure litteraire
que tu a commencée depuis déjà pas mal de temps.


Biz ma belle et a trés vite .

Kementary 26/11/2012 13:22



MDR ! Merci ma poule ! 


Tu seras là pour me tirer les oreilles si je ne prend pas les bonnes décisions ??? Rrrroo... sadique ! 


bisous, JTM ;)